Balayer (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

( je balaye ou je balaie, nous balayons ; je balayais, nous balayions ; je balayais, je ai ou je balaierai ; balaye ou balaie, balayons ; que je balaye ou que je balaie, que nous balayions ; que je balayasse ; balayant ; balayé ). XIII e siècle, baloiier, balaier ; XIV e siècle, balleyer, balier. Dérivé de balai.
1. Nettoyer le sol avec un balai. Balayer une cour, une chambre, une rue.
2. Enlever avec un balai ce qui couvre le sol. Balayer les ordures, la neige, les épluchures. Fig. Le vent balaie le ciel, les nuages. Par anal. Sa robe balayait le parquet, elle traînait jusqu'au sol. Absolt. Balayer devant la porte et, expr. fig., il faut d'abord devant sa porte, il faut mettre de l'ordre dans ses propres affaires, sa propre conduite, avant de donner des avis ou de faire des remontrances à autrui.
3. Parcourir une surface en emportant tout sur son passage. Le vent balaie la plaine en soulevant la poussière. Les vagues balayaient le pont du navire. Par anal. Notre cavalerie balaya les ennemis. Fig. Balayer toute résistance. Balayer les arguments d'un contradicteur, les réfuter totalement. Balayer des objections d'un revers de la main, montrer par un geste qu'on les considère comme négligeables. Balayer les scrupules de quelqu'un. Balayez donc vos soucis. Fam. Balayer quelqu'un, le congédier.
4. Couvrir, parcourir par un mouvement de va-et-vient. Les mitrailleuses ont balayé le terrain, ont balayé la place. Le faisceau lumineux du phare balayait la mer. Les projecteurs balaient le ciel à la recherche de l'avion ennemi.
5. Parcourir avec un faisceau électronique la surface d'un écran.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je balaye" ou "Je balaie; nous balayons. Je balayais, nous balayions. Je balayai. J'ai balayé. Je ai" ou "Je balaierai. Balaye" ou "Balaie; balayez. Que je balaie; que nous balayions. Que je balayasse. Balayant. Balayé.") Nettoyer un lieu avec le balai. "Balayer une cour, une chambre, une rue."
Il signifie encore Enlever des ordures avec le balai. "Balayer la poussière, les épluchures, les débris, etc."
Par extension, "Sa robe, la queue de sa robe balaie la terre, le plancher," La queue de sa robe traîne à terre, traîne sur le plancher.
Fig., "Le vent du Nord balaie le ciel," Il en chasse les nuages.
Fig., "Le vent balaie la plaine," se dit lorsque le vent soulève et emporte des tourbillons de poussière en parcourant une plaine.
Fig., en termes de Guerre, "Balayer la plaine, le pays, etc.," En chasser les ennemis. On dit de même "Balayer la mer." Débarrasser la mer de tous les navires ennemis ou corsaires. On dit aussi "Balayer l'ennemi. Il balaya tout ce qui s'opposait à son passage. L'artillerie balaya la place. Balayer tous les obstacles, toutes les résistances."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Nettoyer un lieu avec un balai. Balayer une allée.
    Enlever avec le balai. Balayer la poussière, les araignées.
    Fig. Balayer les nuages. Balayer les corsaires. Les rues furent balayées par la fusillade.
DELAV.: « Oddo, vous pouviez seul, réparant nos revers, Des flottes d'un tyran nos deux mers »
LAMART.: « Delphes n'a plus d'oracles ; Le temps a balayé le temple et les miracles »
BÉRANG.: « Ces enfants à qui je souris, Mon pied balaiera leur poussière »

 2   Par extension, se dit de quelque chose qui traîne à terre. Sa robe, son manteau balaye la terre.
BÉRANG.: « Quand ses lauriers [du Pinde] .... Vont la fange des cachots »

REMARQUE
    La prononciation balier est un archaïsme et un provincialisme, contre lequel Ménage mettait déjà en garde et dont il faut en effet se préserver.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. LXXVI: Jusqu'à la terre li chevoel lui balient
     Roncisv. p. 58: [Il] Brandist la lance, où l'enseigne balie
     ib. p. 135: Tantes enseignes contre venz baloians
     Raoul de Camb. 20: Et prent l'espieu à or resplendissant, à cinq clox d'or l'enseigne bauliant
    XIIIème siècle
     Bl. et Jeh. 4580: Les maisons [elles] firent baloier, Deseure et dessous nettoier
     ib. 3052: Il sunt tuit entré en la sale. Qui ne fu mie orde ne sale, Mais grans et bele et baloie
    XIVème siècle
     Girart de Ross. 4351: Il fait un gros balai, si va tout
    XVème siècle
FROISS.: « Si très tost que ces bourgeois aperçurent ces bannieres et ces pennons à grand foison ventiler et baloier.... »
    XVIème siècle
CALV.: « Allumer les cierges, ballier les temples, tendre aux soris »
DU BELLAY: « L'autre le va par les flancs costoyant, Et l'autre encor va devant balloyant Les bancs de sable.... »
O. DE SERRES: « Qu'il faille emploier plus de temps à balier la maison, qu'à en labourer les terres »
O. DE SERRES: « Les caves seront souvent baloiées »
AMYOT: « Il vouloit que l'on acquist des heritages et maisons où il y eust plus à semer et à pasturer, que non pas à balier et à arrouser »
J. MAROT: « Deux mil estoient, plombées deschargerent, Sonnent tabours, enseignes balloyerent ; C'estoit plaisir »
J. MAROT: « Au lieu du fier Marcou, qui souloit baloyer Sur le haut du donjon, ils ont faict desployer Et mettre un linge blanc sur le bout d'une lance »
DU BARTAS: « .... Ou d'autant que l'haleine Des eures [vents d'est], baloyant la poudroyante plaine, Amoncelle dans l'air quelque poussier fecond »

ÉTYMOLOGIE
    Balai ; Berry, balier ; provenç. balayar. Baloier ou balier, dans l'ancien français, a deux sens : nettoyer avec un balai et flotter au vent. Dans ce dernier sens, est-ce le même mot ? Diez ne le croit pas et le rapproche de l'italien-lombard balicà, se balancer, flotter ; il se demande si ce ne serait pas un dérivé de ballare, danser. Il est certain qu'un bas-latin ballicare aurait donné baloyer, balier ; mais le son ai se transforme très facilement, dans la langue d'oil, en oi : témoin esmaier et esmoier ; c'est ainsi que balaier a pu donner baloier. Toutes les formes dans l'un et l'autre sens sont tellement semblables qu'elles portent à n'y établir aucune différence d'origine ; puis la signification ne s'y oppose pas, puisque a encore un emploi très analogue dans : une robe qui balaye la terre.


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


(Il se conjugue comme "Payer.") Nettoyer un lieu, en ôtant les ordures avec le balai. "Balayer une cour, une chambre, une rue."
Il signifie aussi, Enlever, ôter les ordures ou autre chose avec le balai. "Balayez ces ordures, ces débris."
Par extension, "Sa robe, la queue de sa robe balaye la terre, le plancher," La queue de sa robe traîne à terre, traîne sur le plancher.
Fig., "Le vent balaye la plaine," se dit Lorsque le vent soulève et emporte des tourbillons de poussière en parcourant une plaine.
Fig., "Le vent du nord balaye le ciel," Il en chasse les nuages.
Fig., en termes de Guerre, "Balayer la plaine, le pays, etc.," En chasser les ennemis. On dit de même, "Balayer la mer," La purger des corsaires, des pirates qui l'infestent. On dit aussi: "Balayer les hussards qui parcourent la plaine, les corsaires, les pirates qui infestent la mer. Balayer l'ennemi. Il balaya tout ce qui s'opposait à son passage."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


_ter les ordures d'un lieu avec le balai. Il se conjugue comme "Payer. Balayer une Eglise, une chambre".
Il se dit aussi Du lieu et de ce qu'on en ôte. "Balayez cette chambre. Balayez cette ordure".
On dit figurém. en termes de Guerre, "Balayer l'ennemi," pour dire, Le chasser, le mettre en fuite, "On a balayé les Hussards qui infestoient la plaine;" et en termes de Marine, "Balayer les Corsaires," pour dire, En purger la mer. On dit aussi, pour ces deux choses, "Balayer la mer, la plaine, un Pays".
On dit figurément, que "Le vent du Nord balaye le Ciel," pour dire, qu'Il en chasse les nuages.



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Ôter les ordures d'un lieu avec le balai. "Balayer une Église, une chambre."
On dit figurément, "Que le vent du Nord balaye l'air," pour dire, qu'il nettoie l'air, qu'il en chasse les nuages.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

BALAYEUR, EûSE, s. m. et f. BALAYûRES, s. f. pl. ["Balé-ié", "lé-ieur", "ieû-ze", "lé-iû-res"; 2e "é" fer. 3e dout. au 2d, au sing. longue au pl.; lon. aussi au 3e et au 4e. Devant l'"e" muet, il "balaye", pron. "balé-ie" Ceux qui écrivent, "balaïer", "balaïeur", ne pensent pâs qu'avec cette ortographe il faudrait prononcer "bala-ié", "bala-ieur", comme on prononce "aïeul", ce qui est contre l'usage.] "Balayer", c'est ôter les ordûres d'un lieu avec un balai. "Balayer" se dit figurément:
   D'une robe à longs plis "balayer" le Barreau.
= "Balayeur", "eûse", celui ou celle qui balaye. = "Balayûres", ordures qui ont été ramassées avec le balai. = On écrivait autrefois "balayeures".



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Oster les ordures d'un lieu avec le balay. "Balayer une Eglise, une chambre".
On dit figur. "Que le vent du nord, ou la bise balaye l'air," C'est à dire nettoye l'air.




Emplacement dans le dictionnaire :

balançon
balandras
balant
balata
balauste
balaustier
balayage
balayé
balayement

balayette
balayeur
balayure
balbuteur
balbutiant
balbutiement
balbutier
balbuzard
balcon
baldaquin
bale




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...on se sentait rebondir, et vite on se recramponnait plus fort, en fermant la bouche et les yeux, parce qu'on devinait d'instinct, sans voir, que c'était le moment où une épaisse masse d'eau allait balayer l'air, et peut-être vous balayer aussi. Toujours cela recommençait, ces chutes en avant, et puis ces sauts avec l'affreux bruit de tambour. Et, après chacun de ces chocs, il y avait encore des...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...on se recramponnait plus fort, en fermant la bouche et les yeux, parce qu'on devinait d'instinct, sans voir, que c'était le moment où une épaisse masse d'eau allait balayer l'air, et peut-être vous balayer aussi. Toujours cela recommençait, ces chutes en avant, et puis ces sauts avec l'affreux bruit de tambour. Et, après chacun de ces chocs, il y avait encore des ruissellements de l'eau qui retombait...


Citation n°3 de Ernest RENAN (L'Avenir de la science)

...ordres religieux, ni tant d'autres abus. La tempête s'en charge. Le pouvoir temporel des papes est assurément périmé. Eh bien ! Tout le monde en serait persuadé qu'on ne se déciderait point encore à balayer cette ruine. Il faudrait attendre pour cela le prochain tremblement de terre. Rien ne se fait par le calme : on n'ose qu'en révolution. On doit toujours essayer de mener l'humanité par les voies...


Citation n°4 de Eugène VOGÜÉ (Les Morts qui parlent)

...sans mots à effet, avec une négligence dédaigneuse, avec autant d'aisance que s'il eût entretenu quelques amis dans son bureau, l'homme d'état repoussa du pied les ordures qu'il était las de balayer, disait-il. On sentait qu'il méprisait plus fort, parce qu'il les connaissait bien, ceux qui l'accablaient de leur mépris. L'émotion domptée se laissa deviner, - tel le tremblement interne de la...


Citation n°5 de Émile ZOLA (La Débâcle)

...s'est battu là-bas aujourd'hui, on attend les nouvelles. Eh bien ! Les nouvelles, je vais vous les donner, moi ! ... on a rossé les prussiens, rossé à ne leur laisser ni ailes ni pattes, rossé à en balayer les miettes ! Sous le ciel sombre, à ce moment, un grand cri douloureux passa. était-ce la plainte d'un oiseau de nuit ? était-ce une voix du mystère, venue de loin, chargée de larmes ? Tout le...


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